Un monde Minecraft pour lutter contre la censure
Depuis 2020, une grande bibliothèque regroupe plein de textes que des gouvernements d’un peu partout sur la planète veulent faire disparaître. Et tout le monde peut la visiter pour les lire. Où se trouve-t-elle? Sur une île, au milieu de la mer… dans le jeu vidéo Minecraft!
Une nouvelle Journée à noter à ton calendrier!
Le 12 mars, c’est la Journée mondiale contre la censure sur Internet. Elle a été créée par l’organisation Reporters sans frontières. Elle nous rappelle que les populations de plusieurs pays ne peuvent pas s’exprimer librement en ligne, et que leur gouvernement empêche les journalistes de faire leur travail.
Cette bibliothèque virtuelle, appelée The Uncensored Library, c’est l’idée de Reporters sans frontières. C’est un organisme qui a pour mission de protéger les droits des journalistes et des citoyens qui veulent s’informer, partout sur la planète.«Dans plusieurs pays, le journalisme indépendant est censuré ou bloqué sur Internet. Mais pas les jeux vidéo. Alors, on a construit une bibliothèque virtuelle dans Minecraft, l’un des jeux les plus populaires du monde, pour rendre ces articles disponibles à nouveau», a expliqué Maren Pfalzgraf, porte-parole de Reporters sans frontières, en direct de l’Allemagne, mercredi.
Des livres et des blocs!
Une vue d’en haut de la majestueuse pièce centrale. Au plafond, on retrouve les drapeaux de tous les pays du monde. Et sur le plancher: un globe terrestre.
La bibliothèque a été construite bloc par bloc, en trois mois. Et 24 experts ont contribué à choisir les textes qui y sont entreposés, grâce au système de livres de Minecraft, qui permet à tous les joueurs d’écrire d’assez longs textes dans des cahiers virtuels. Elle a été lancée le 12 mars 2020, gratuitement. Depuis, le bâtiment virtuel a été visité plus d’un million de fois, et ses textes ont été lus plus de 10 millions de fois!
Une nouvelle aile… américaine!
La bibliothèque ressemble à un grand musée et est divisée en plusieurs sections. Une par pays où les journalistes ne peuvent pas travailler librement: Égypte, Iran, Mexique, Russie… et, depuis aujourd’hui, les États-Unis.
Pourquoi?
«On ne veut pas dire que la situation aux États-Unis est la même qu’en Russie, en Chine et en Iran. Mais on veut démontrer que les médias peuvent être attaqués de différentes manières», a indiqué Clayton Weimers, directeur de la section américaine de Reporters sans frontières.
Par exemple, le gouvernement de Donald Trump a réduit l’argent qu’il accorde à certains médias et empêche des journalistes d’accéder à certains événements.
Dans la salle des États-Unis de la Uncensored Library, on retrouve entre autres:
La caricature censurée de Ann Telnaes
- Une reproduction de la Statue de la Liberté qui pleure
- Une caricature montrant plusieurs milliardaires américains donnant de l’argent à Donald Trump. Le journal The Washington Post a refusé de la publier. La raison, selon sa créatrice, Ann Telnaes? Le journal ne voulait pas critiquer son propriétaire, Jeff Bezos, qui est un proche de Donald Trump.
- Des pages Web supprimées par le gouvernement américain quand Donald Trump est redevenu président. À propos des changements climatiques, de la diversité, des personnes LGBTQ+...
Un projet pour tout le monde
J’ai demandé à Reporters sans frontières si leur projet avait déjà été menacé. La réponse? Non! Par contre, certains joueurs ne comprennent pas encore son utilité. Et ça peut mener à de belles leçons, m’a raconté Clayton Weimers.
«Dans le clavardage, un garçon canadien a demandé à quoi ça lui servait d'en apprendre plus sur la liberté de la presse. Un joueur de Hong Kong (un territoire qui subit de l’oppression de la part de la Chine) lui a expliqué ce que ça faisait, de se faire enlever ses libertés. Ça a donné une conversation très intéressante dans le chat.»
En quelques clics
Ça t’intéresse? Tout ce qu’il faut pour accéder à la Uncensored Library, c’est un ordinateur et une copie du jeu Minecraft. Il y a deux façons (gratuites) d’«entrer» dans cette bibliothèque: via le serveur en ligne (il s’agit d’un serveur public, où les joueurs peuvent clavarder entre eux) ou en téléchargeant le «monde» sur le site de Reporters sans frontières (un accès privé).
Mais un conseil: mieux vaut demander à un adulte de t’accompagner dans ta visite. La plupart des textes sont traduits en anglais. Il faut aussi savoir que certains peuvent contenir des informations sur des événements violents.
Comme quoi on peut changer le monde, un bloc (ou un livre virtuel!) à la fois!
Et toi, as-tu des idées pour un autre monde qui pourrait être créé dans Minecraft?
