Entrevue: Comment le sumo a changé ma vie
Nadia Cardin est la première championne québécoise de sumo. Elle a les cheveux roses, deux médailles au cou, et un message très inspirant à partager!
Salut Nadia! Peux-tu d’abord expliquer ce que c’est, le sumo?
Le sumo, c’est un sport de combat qui existe depuis des millénaires au Japon. L’objectif est de mettre son adversaire au sol ou le sortir du dojo, le cercle dans lequel on fait le combat. Au Japon, on dit que c’est «le sport des dieux»! C'est parce que traditionnellement, les lutteurs sumo sont très grands et imposants. Mais maintenant, les lutteurs ont tous les types de corps: petits, gros moyens… donc chacun peut trouver sa place!
Comment as-tu commencé ce sport?
C'est un sport qui est très nouveau au Canada. Il y a environ un an, j’ai vu un reportage à la télévision et je me suis dit: «Wow, c’est extraordinaire, un sport que tout le monde peut pratiquer!» J'ai découvert le Montréal Sumo Club, et j’y suis allée. Mais avant d’entrer, je suis restée très longtemps dans mon auto! J'étais très stressée et je me posais toutes sortes de questions! Est-ce que je vais être capable? Les gens vont-ils être gentils? Mais dès le moment où j’ai passé la porte, toutes mes peurs se sont envolées.
Il y a deux semaines, Nadia était la seule femme canadienne aux Championnats du monde de sumo, en Azerbaïdjan. Elle a remporté le bronze!
Les femmes sont rares au sumo, encore plus celles avec les cheveux roses! Sens-tu que tu détonnes?
Le sumo est un sport qui, traditionnellement, accueille des corps plus gros. Alors l’acceptation de la différence fait partie de sa philosophie. Je crois que les autres combattants se sont parfois sentis différents des autres, comme ça m’est aussi arrivé. Mais le sumo crée un espace apaisant, où notre différence est accueillie. En fait, je ne me suis jamais sentie autant à ma place que dans une compétition de sumo!
Est-ce qu'il y avait d'autres combattantes pour te servir de modèle?
Au départ, j’étais la seule femme, alors j’affrontais seulement des hommes en entraînement. Quand, en mai dernier, je suis partie à ma première compétition internationale à New York, je ne m’étais jamais mesurée à d’autres femmes! Je n’avais aucune idée de comment j'allais me débrouiller! Et j'ai remporté la médaille d'or! Et il y a quelques jours, je suis allée aux Championnats mondiaux de sumo, en Azerbaïdjan, et j’ai gagné le bronze!
Voici la fin du combat qui a valu à Nadia une médaille d’or à sa première compétition, à New York!
Entends-tu beaucoup de préjugés sur le sumo?
Les gens disent que c'est facile parce qu'ils pensent que c'est un sport de grosses personnes. C'est un mythe qui est très vite déconstruit quand on participe à un entraînement! Le sumo démontre que c'est pas parce qu'on a un corps gros qu'on n'est pas en forme.
Pourquoi portez-vous une espèce de bobette?
C’est une ceinture! Ça s'appelle un mawashi. C'est un très très long tissu en coton, super résistant, qu'on plie de différentes façons pour le rendre rigide, puis qu'on enroule autour de sa taille et entre ses jambes. Pendant le combat, on l’utilise pour pousser l'autre, le tirer, le déstabiliser, etc. Donc c’est un outil essentiel au sumo!
Est-ce que tu es capable de mettre ton mawashi toute seule?
Non! D’ailleurs, on aime bien dire que c’est la preuve que le sumo est sport d'équipe, parce que pour bien mettre son mawashi, ça prend l’aide de quelqu'un!
Au début du combat, les lutteuses se mettent en position accroupie et s’observent.
Pour être meilleur, est-ce qu’il faut devenir le plus gros possible?
Absolument pas! Au sumo, on ne veut pas changer ton corps ou qui tu es. On va plutôt travailler tes forces pour développer ton style. Ça peut donner des combats extraordinaires entre quelqu'un qui est tout petit et un très grand athlète. Et ce n'est pas parce que tu es plus gros que tu as plus de chances de gagner! Il faut connaître ses atouts, comprendre les faiblesses de l'autre, puis choisir la bonne technique. C'est un sport qui est très physique, mais aussi très stratégique.
Nadia avec sa médaille d’or à New York!
Est-ce qu’il y a des enfants qui pratiquent le sumo?
Oui, au Japon, les enfants peuvent commencer dès l'âge de 4, 5 ans. Ça se fait dans plein de pays. Peut-être que ça va arriver ici!
À part les médailles, qu'est-ce que le sumo t’a apporté?
J'ai beaucoup appris sur moi-même! C'est un sport rapide et explosif, alors il ne faut pas hésiter, il faut foncer vers l’autre le plus fort possible. Ça m'a appris à arrêter d'avoir peur, à arrêter de vouloir me faire plus petite, de vouloir m'effacer. Maintenant, je me dis: vas-y, rentre dans le tas et ça va bien aller!
Et toi, as-tu déjà essayé un art martial? Si oui, lequel?
