Il est une fois à notre époque une adulte qui a vécu une enfance très difficile.
Frédérick Lavoie, journaliste et auteur, aime fusionner journalisme et littérature. Laisse-le te raconter un véritable récit à la manière d’un conte. Parfois, la réalité surpasse l'imaginaire!
(Allô! Un petit avertissement avant que tu commences ta lecture. Dans cette histoire, il sera question de violence envers des enfants. Si tu ressens de la peine, de la colère ou de la détresse, ou si tu as connu une situation similaire, n’hésite pas à en parler à un adulte en qui tu as confiance. Il y a aussi une ressource à la fin du texte.)
Il est une fois à notre époque une adulte qui a vécu une enfance très difficile.
Quand Nancy était petite, elle a subi de la violence de la part de sa maman et d’autres personnes de son entourage. Sa mère lui faisait constamment sentir qu’elle était de trop dans la maison et qu’elle ne l’aimait pas. Et parfois, elle la frappait.
Non loin de chez Nancy habitait son grand-père qui, lui, l’aimait beaucoup. Elle allait souvent chez lui, pour lire le journal et regarder les nouvelles à la télévision à ses côtés.
Un jour, quand elle était encore très jeune, Nancy lui a annoncé que, quand elle serait grande, elle travaillerait à la télévision et c’est elle qui lui lirait les nouvelles.
Même s’il l’aimait beaucoup, son grand-père a éclaté de rire. Comment cette pauvre petite fille d’un village isolé pourrait-elle devenir présentatrice à la télé?! Nancy a chiffonné ce rêve en petite boule et l’a caché dans un recoin de son cœur, en espérant pouvoir un jour le réaliser.
Nancy quand elle était petite.
Dans sa maison, la vie était de plus en plus difficile. Lorsqu’elle avait 9 ans, une personne a finalement eu le courage de dénoncer les violences que subissait Nancy. Des intervenantes de la Direction de la protection de la jeunesse (la «DPJ») ont alors pris Nancy en charge. Durant quelques semaines, elle est allée habiter dans une famille d’accueil, c’est-à-dire une famille qui s’est occupée d’elle le temps que la DPJ essaie d’améliorer la situation dans sa maison.
Chez Rose-Aimée, une dame généreuse qui hébergeait déjà 8 autres enfants, Nancy a appris qu’il était possible de se sentir aimée et en sécurité.
Après quelques semaines, Nancy est retournée dans sa famille en espérant que les choses iraient mieux après l’intervention de la DPJ. Mais malheureusement, la violence n’y a pas cessé. Au moins, elle pouvait compter sur de bonnes amies et des professeures dans les moments difficiles.
À l’âge de 15 ans, Nancy a finalement décidé de fuir sa famille, même si c’était terrifiant. Elle a quitté sa région et s’est inscrite elle-même dans une école secondaire pour terminer ses études.
Un peu plus tard, elle a eu la chance de rencontrer Manon et Roger, un couple qui avait déjà quatre enfants. Manon et Roger ont accueilli Nancy dans leur famille comme si elle était leur propre fille. Nancy n’était pas habituée de recevoir autant d’amour de la part d’adultes. Elle vivait des émotions contradictoires. Mais avec leur appui, après des moments très sombres, elle a recommencé à croire en elle.
Elle s’est alors rappelée de son rêve de petite fille et s’est inscrite en journalisme à l’université. Durant les premiers mois, elle avait de très mauvais résultats. Mais elle a travaillé tellement fort qu’elle a même décroché une bourse pour aller étudier dans un autre pays!
Puis, Nancy a été embauchée par une chaîne de télévision comme journaliste. Le soir, après ses apparitions à la télé, elle appelait son grand-père pour lui demander s’il avait regardé son reportage. Évidemment qu’il la regardait, et qu’il était très fier d’elle! Son rêve impossible était devenu réalité!
Nancy a été journaliste pour TVA et Radio-Canada!
Durant ces belles années, Nancy vivait encore parfois des moments difficiles, où les blessures de son enfance remontaient à la surface et lui causaient de la détresse. Elle a consulté un psychologue pour l’aider à mieux comprendre ses émotions. Elle a mis beaucoup de temps à accepter une chose très importante pour la guérison des enfants victimes de violence: non, ce n’était pas de sa faute si elle avait été maltraitée par sa mère.
Un jour de janvier, Nancy a lu dans le journal un article à propos des «enfants de la DPJ» qui, comme elle, avaient vécu en famille d’accueil ou en centre jeunesse. Elle a été très triste d’apprendre que plusieurs d’entre eux s’étaient retrouvés sans toit le jour de leurs 18 ans, quand ils avaient cessé d’être «jeunes» aux yeux de la loi!
Nancy a donc décidé de leur venir en aide. Elle a fondé un organisme pour répondre à leurs besoins les plus urgents quand ils devenaient adultes. Les choses sont allées très vite. En quelques mois à peine, grâce aux dons du public, Nancy et son équipe ont aidé des milliers de jeunes en leur offrant notamment un manteau chaud pour l’hiver et des cartes d’épicerie pour s’acheter de la nourriture. Elle a aussi ouvert un local où ils et elles peuvent se rencontrer, échanger et s’entraider dans ce moment crucial de leur vie.
Nancy s’assure que les jeunes de la DPJ soient bien équipés pour se lancer dans leur vie d’adulte.
Et ce n’est qu’un début! Nancy a encore plein d’autres projets en tête. Elle prend aussi le temps de raconter son histoire en visitant des écoles, pour que les enfants sachent que peu importent leur passé, les violences subies, ils ont autant le droit que les autres d’être soutenus et de réaliser leurs rêves!
En entrevue avec Les As de l’info, Nancy nous a confié la question la plus difficile que lui a un jour posé un élève dans une école: Avec le recul, est-ce qu’elle jugeait que son enfance difficile avait valu la peine, puisque c’est ce qui l’avait poussée à aider tant d’autres enfants aujourd’hui? Après une longue réflexion, Nancy lui a répondu: «J’ai fait la paix avec mon passé, et j’essaie de le transformer en force, en moteur de changement. Mais si je le pouvais, je choisirais tout de même d’avoir pu grandir dans une famille saine et unie.»
Cette histoire est bien vraie! Nancy Audet est une journaliste originaire de l’Abitibi. Depuis quelques années, elle raconte son histoire aux quatre coins du Québec pour sensibiliser les gens aux défis vécus par les «enfants de la DPJ», en particulier lorsqu’ils atteignent l’âge de 18 ans et doivent se débrouiller par eux-mêmes. Elle a créé l’organisme Ékip jeunesse, qui donne un coup de pouce à ces jeunes pour qu’ils démarrent leur vie d’adulte sur le bon pied.
Et toi, qui voudrais-tu aider plus tard?
Besoin d’aide?
Tu peux contacter Jeunesse, J'écoute. C’est un service pour les jeunes confidentiel disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
- Téléphone: 1 800 668-6868
- Site web: jeunessejecoute.ca
